
Aujourd’hui, 8 septembre 2026, cela fait exactement quatre ans que la République démocratique du Congo a adopté l’Ordonnance-loi relative à la promotion de l’entrepreneuriat et des startups.[1]
Un anniversaire, donc ! Et une bonne occasion de revenir sur une disposition de cette loi qui m’a particulièrement interpellée dès sa lecture : l’article 101.
Pourquoi ? Parce que cet article pourrait, à terme, donner aux startups dirigées par des femmes un avantage commercial particulièrement intéressant.
Mais avant de vous expliquer pourquoi, permettez-moi un petit détour personnel.
Une question qui m’accompagne depuis longtemps
Depuis mon jeune âge, je me pose une question assez simple : Comment les lois peuvent-elles concrètement améliorer la vie du citoyen dans son quotidien ?
Cette question m’a accompagnée pendant près de vingt ans, au fil de mon parcours académique et professionnel.
À une époque, je me la posais surtout au sujet des femmes et des enfants : Comment les lois peuvent-elles mieux protéger les femmes et les enfants, notamment dans un contexte post-conflit tel que celui de la RD Congo ?
Plus tard, je me suis posé la même question à propos de l’environnement : Comment améliorer les lois — et surtout leur application — afin qu’elles protègent réellement l’environnement ?
Aujourd’hui, en ce quatrième anniversaire de la loi sur l’entrepreneuriat, je me pose exactement la même question, mais sous l’angle de l’entrepreneuriat féminin : Que peut cette loi changer, concrètement, pour une femme entrepreneure congolaise ?
Et c’est là que l’article 101 devient très intéressant.
L’article 101 : une promesse fiscale qui pourrait changer la donne pour les femmes entrepreneures congolaises
En simplifiant, l’article 101 de l’Ordonnance-loi relative à la promotion de l’entrepreneuriat et des startups prévoit ceci : Une grande entreprise (congolaise ou étrangère) qui sous-traite au moins 40 % de ses services à une startup labélisée peut solliciter une exonération partielle de l’impôt sur les bénéfices (IBP) pouvant aller jusqu’à 30 %.
Lorsque la startup concernée est tenue par une femme, cet allègement peut être porté jusqu’à 50 %.[2]
Attention à un point important : ce n’est pas la startup féminine qui bénéficie directement de cette exonération. C’est la grande entreprise qui travaille avec elle. Et c’est justement pour cela que je trouve cette disposition particulièrement intéressante.
Attention à un point important : ce n’est pas la startup féminine qui bénéficie directement de cette exonération. C’est la grande entreprise qui travaille avec elle. Et c’est justement pour cela que je trouve cette disposition particulièrement intéressante.
Pour une startup féminine : quel argument commercial !
Imaginez un instant.
Je suis une femme entrepreneure. Je dirige une startup. Je souhaite vendre mes services à une grande entreprise.
Comme tout entrepreneur, je dois convaincre mon client de la qualité de mon travail, de mon expertise, de mes prix, de mes délais et de ma capacité à exécuter le contrat.
Mais si ma startup est officiellement labélisée, je pourrais avoir un argument supplémentaire dans ma poche :
« En travaillant avec mon entreprise, vous ne faites pas seulement appel à une startup congolaise compétente. Sous certaines conditions prévues par la loi, travailler avec une startup tenue par une femme peut également vous permettre de solliciter un avantage fiscal pouvant aller jusqu’à 50 % du montant de l’impôt sur les bénéfices (IBP) du à l’Etat congolais par votre entreprise!»
Avouons-le : commercialement, ce n’est pas rien ! Que dis-je ? C’est potentiellement une offre difficile à refuser.
Le Label Startup pourrait donc devenir bien plus qu’un joli certificat administratif à accrocher au mur. Il pourrait devenir un véritable argument marketing et un outil de négociation pour les femmes entrepreneures.
Dans un appel d’offres, une négociation avec un grand groupe ou une discussion avec un département Achats ou Procurement, cet avantage pourrait clairement faire partie du pitch commercial.
C’est précisément ce qui m’avait enthousiasmée à la lecture de cette disposition.
Mais quatre ans plus tard, il y a malheureusement un « mais ».
Un rêve qui tarde encore à voir le jour
Le mot essentiel de l’article 101 est celui-ci : « labélisée ».
Il ne suffit pas d’avoir créé une jeune entreprise et de l’appeler « startup ». La loi fixe plusieurs conditions pour obtenir cette qualité. Une startup doit notamment être enregistrée en RDC, avoir au maximum sept ans d’existence, employer moins de 50 travailleurs, respecter certains seuils financiers, avoir au moins deux tiers de son capital détenus par des personnes physiques congolaises et présenter un modèle économique innovant avec un fort potentiel de croissance.[3]
Mais même si une entreprise remplit toutes ces conditions, elle doit encore obtenir officiellement le Label Startup.
Et c’est là que les choses se compliquent.
La loi de 2022 avait prévu que ce label serait attribué par un Comité national de labélisation des startups, le CNL.[4] Seulement voilà : il a fallu attendre. Et longtemps. Ce n’est que le 23 mai 2025, soit près de trois ans après l’adoption de la loi, que le Conseil des ministres a adopté le projet de décret portant création, organisation et fonctionnement du Comité national de labélisation des startups.[5] Puis, selon les informations disponibles, le Décret n° 26/022 du 5 juin 2026 portant création, organisation et fonctionnement du CNL a été signé.[6]
Une avancée importante, bien entendu. Mais avons-nous aujourd’hui un Comité pleinement opérationnel ? C’est là que je reste sur ma faim.
À la date où j’écris ces lignes, 8 septembre 2026, mes recherches ne m’ont pas permis d’identifier une procédure publique claire permettant à une entrepreneure de déposer sa demande de labélisation, ni une liste officielle de startups déjà labélisées.
Plus encore, en août 2026, le Réseau des Acteurs du Numérique indiquait encore qu’aucune entreprise ne pouvait se prévaloir du Label Startup en RDC, faute d’opérationnalisation effective du mécanisme de labélisation.[7]
Et il reste une autre question importante. L’article 102 de l’Ordonnance-loi prévoit lui-même qu’un décret du Premier ministre doit fixer les modalités de mise en œuvre de l’avantage fiscal prévu à l’article 101.[8] Autrement dit, entre ce que la loi promet et ce qu’une femme entrepreneure peut effectivement utiliser aujourd’hui dans une négociation commerciale, il reste encore quelques pièces du puzzle à mettre en place.
Quatre ans après, je choisis malgré tout l’optimisme
Est-ce frustrant ? Oui.
Parce que quatre ans, pour un entrepreneur, c’est long. Mais je préfère aussi regarder le chemin parcouru.
La loi existe. Le principe du Label Startup existe. Les critères existent. Le Comité national de labélisation a désormais son texte de création. Le mécanisme avance donc, même s’il avance plus lentement que nous l’aurions souhaité.
Mon souhait aujourd’hui est simple : que nous passions rapidement des textes à la pratique.
Que demain, une femme entrepreneure congolaise puisse effectivement déposer son dossier. Obtenir son label. Se présenter devant une grande entreprise. Poser son offre sur la table. Et dire, preuves à l’appui : « Voici ce que mon entreprise peut faire pour vous. Et voici aussi l’avantage que la loi congolaise attache au fait de travailler avec une startup comme la mienne. »
Là, nous commencerons réellement à voir l’article 101 produire ses effets dans la vie des entrepreneures.
D’ailleurs, si vous disposez d’informations plus récentes sur l’installation effective du Comité, l’ouverture des demandes de labélisation ou l’existence de startups déjà labélisées, n’hésitez pas à me les transmettre. Je serai heureuse de mettre cet article à jour. Parce qu’après tout, suivre l’application d’une loi est presque aussi important que suivre son adoption.
Femmes entrepreneures congolaises : préparez-vous !
Alors aujourd’hui, joyeux quatrième anniversaire à tous les entrepreneurs congolais. Mais permettez-moi une attention toute particulière pour les femmes entrepreneures congolaises.
Je vous dis ceci : LE MEILLEUR EST À VENIR !
Et en attendant que tous ces mécanismes deviennent pleinement opérationnels, utilisons ce temps pour nous préparer.
Structurons nos entreprises. Mettons nos documents administratifs en ordre. Développons des produits et services innovants. Apprenons à répondre aux exigences des grandes entreprises. Regardons dès aujourd’hui si nos structures remplissent les conditions nécessaires pour obtenir demain le Label Startup.
Parce que lorsque cette opportunité deviendra pleinement accessible, celles qui seront prêtes seront les mieux placées pour la saisir.
Femmes entrepreneures congolaises, le meilleur est à venir. Préparons-nous en conséquence !
Yes, women can!
Cordialement,
Dignité Bwiza Visser
Notes et références
[1] Ordonnance-loi n° 22/030 du 8 septembre 2022 relative à la promotion de l’entrepreneuriat et des startups en République démocratique du Congo.
[2] Article 101 de l’Ordonnance-loi n° 22/030 du 8 septembre 2022. L’article prévoit une exonération partielle pouvant aller jusqu’à 30 % de l’impôt sur les bénéfices, pouvant être portée jusqu’à 50 % lorsque les startups concernées sont tenues par des femmes, des jeunes de 18 à 35 ans ou des personnes vivant avec handicap.
[3] Article 85 de l’Ordonnance-loi n° 22/030 du 8 septembre 2022 relatif aux critères permettant à une entreprise d’être considérée comme startup.
[4] Articles 89 et 94 de l’Ordonnance-loi n° 22/030 du 8 septembre 2022. L’article 89 prévoit l’octroi de la qualité de startup par le Comité national de labélisation, tandis que l’article 94 institue ce Comité et renvoie notamment son organisation et son fonctionnement à un décret du Premier ministre.
[5] Compte rendu de la 44e réunion ordinaire du Conseil des ministres du 23 mai 2025, Gouvernement de la République démocratique du Congo. Le Conseil des ministres y a adopté le projet de décret portant création, organisation et fonctionnement du Comité national de labélisation des startups.
[6] Décret n° 26/022 du 5 juin 2026 portant création, organisation et fonctionnement du Comité national de labélisation des startups, tel que rapporté dans les informations publiques disponibles en juillet 2026. À la date des recherches effectuées pour cet article, sa publication au Journal officiel n’avait pas pu être vérifiée directement.
[7] Informations rendues publiques en août 2026 à la suite d’échanges entre le Réseau des Acteurs du Numérique et le ministère de l’Économie numérique, faisant état de l’absence d’opérationnalisation effective du mécanisme de labélisation à cette date.
[8] Article 102 de l’Ordonnance-loi n° 22/030 du 8 septembre 2022, qui prévoit qu’un décret du Premier ministre fixe les modalités de mise en œuvre de l’article 101.
